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Poulin/Dulong – Meurtre et société

par Dalie Giroux

Les auteurs proposent, sous la forme de courtes analyses, une lecture sociale du meurtre en série et de masse qui ancre la lecture dans le portrait des victimes plutôt que dans celui des agresseurs.

Les meurtriers en série et de masse sont l’objet d’une fascination durable : romans, films, séries télévisées, documentaires, études scientifiques en ont fait un thème de prédilection de la culture populaire et scientifique. Or, lorsqu’on se penche sur la structure de la narration des meurtres dans ces productions culturelles, on remarque que l’explication du comportement meurtrier relève le plus souvent d’une interprétation biographique et individuelle : enfance difficile, abus, déviance, ruse, signature des meurtres, faits et gestes qui mènent à l’arrestation.

Pour les sociologues Richard Poulin (auquel on doit un certain nombre d’études critiques sur la prostitution et la pornographie) et Yanick Dulong, l’accent mis sur la personne du meurtrier occulte la dimension proprement sociale du meurtre en série et de masse. Ils proposent, sous la forme de courtes analyses, une lecture sociale du meurtre en série et de masse qui ancre la lecture dans le portrait des victimes plutôt que dans celui des agresseurs.

Sexisme et racisme de la société nord-américaine

« Pourquoi, demandent les auteurs, les meurtriers en série sont-ils principalement des hommes blancs, alors que les victimes sont des femmes ou des êtres "féminisés" ou encore des membres d’une minorité "visible" (les Noir-es aux États-Unis et les Autochtones au Canada) ? » À partir d’une analyse de données statistiques sur les dimensions sexuelles et raciales des meurtres en série et de masse au Canada et aux États-Unis, les auteurs arrivent à construire une double hypothèse sociologique sur leur objet : les meur-tres en série et de masse comporteraient de manière systématique des dimensions de sexisme et de racisme.

Ainsi, la violence individuelle du meurtrier ne serait pas le simple fruit d’un parcours de vie individuel donné, mais un effet de société. Cet effet serait celui d’une société dans laquelle l’objectivation de la femme est une donnée culturelle dominante (médias de masse, sport, jeux vidéo, pornographie), et dans laquelle l’homme blanc se reconnaît des droits acquis au succès qui définissent sa masculinité et dont la frustration peut engendrer une violence envers les femmes et les minorités. « Quand des hommes, qui se croyaient immuables, perdent leur statut et croient que les minoritaires réussissent mieux qu’eux, leur amertume peut alors se transformer en violence. »

Si le format ne permet pas d’offrir une analyse aboutie, cette plaquette offre certainement quelques éléments à ajouter au dossier de la critique québécoise du masculinisme.

Richard Poulin et Yanick Dulong, Les meurtres en série et de masse - Dynamique sociale et politique, Montréal, éditions Sisyphe, 2009, 126 pages.

Dalie Giroux, "Meurtre et société", Le Devoir, essais québécois, le 13 et 14 août 2009.

- Information
sur ce livre.

Mis en ligne le 7 novembre 2009.

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