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Marie-Ève Surprenant, "Jeunes couples en quête d’égalité"

par Nancy Couture

L’auteure souligne, certes, les gains en matière d’égalité dont bénéficient les jeunes femmes et hommes d’aujourd’hui, mais la simple conception de différents modes de fonctionnement égalitaire dans le couple ne suffit pas, encore faut-il les mettre en pratique.

Pour Marie-Ève Surprenant, auteure de ce court ouvrage, les différentes représentations et pratiques de l’égalité chez les jeunes couples québécois interrogés pour son étude se répartissent en trois catégories. Une conception de la division sexuelle du travail basée sur le goût personnel, ce qu’elle nomme : la complémentarité. Ensuite, le maintien des repères identitaires traditionnels, soit la valorisation des rôles sexuels et puis, la capacité des couples plus instruits à repenser les relations hommes-femmes selon l’identité personnelle de chacun, rendant ainsi modifiables les rôles sexuels déjà inscrits.

Dès le départ l’auteure souligne que les jeunes femmes et hommes s’accordent sur le mérite des luttes féministes précédentes, adhérant ainsi aux principes de l’égalité, de l’équité, de la liberté, etc., mais ne se considèrent généralement pas comme féministes. Elle reconnaît d’emblée l’existence des multiples définitions de l’égalité, et ainsi n’hésite pas à vérifier celles-ci auprès des huit jeunes femmes et hommes en couple avec et sans enfants ayant participé à son enquête. « Les mêmes droits à tout point de vue », selon Sébastien, un participant de 26 ans (p. 23). La faveur pour l’égalité de droit et de fait entre les femmes et les hommes est incontestable, mais au-delà de cette adhésion de principe, les résultats montrent que la majorité des jeunes interrogés n’arrivent pas à déconstruire les stéréotypes et les préjugés sexuels, aussi sont-ils dans l’impossibilité de s’en départir. Pourquoi ?

Selon l’auteure, les jeunes sont fortement influencés par les modèles parentaux -les marqueurs de socialisation valorisant les modèles sexuels stéréotypés de ce qu’est une vraie femme et un vrai homme - comme facteurs de réussite, et ils éprouvent de la difficulté à se défaire des images rattachées aux visions romantiques comme celle du Prince charmant chez les jeunes femmes ou encore de l’idée de l’instinct maternel de la femme chez les jeunes hommes. S’en détacher soulèverait la crainte de perdre ses repères identitaires.

Ainsi, une telle attitude engendre une valorisation - voire une survalorisation - des qualités dites féminines ou inversement masculines. Résultat, les tâches domestiques ne se font pas dans un partage équitable. Les hommes apportent une aide partielle et ponctuelle à la vie domestique, ce qui pose évidemment problème aux jeunes femmes, avec ou sans enfants. Même si elles manifestent leur insatisfaction, pour la plupart, notamment les plus scolarisées (revenu d’emploi supérieur), elles hésitent à revendiquer une égalité totale des tâches ménagères ne voulant pas brimer l’estime de soi de leur conjoint. Cette attitude renvoie la responsabilité du travail domestique aux jeunes femmes, ce qui reproduit les identités et les rôles traditionnels. Et comme généralement l’apprentissage d’attitudes et de comportements se fait à partir des modèles familiaux, les inégalités que vivent les jeunes couples ne disparaîtront que lorsqu’eux-mêmes pratiqueront et transmettront les valeurs égalitaires à leurs enfants, servant à leur tour de modèles.

En conclusion, l’auteure souligne, certes, les gains en matière d’égalité dont bénéficient les jeunes femmes et hommes d’aujourd’hui, mais la simple conception de différents modes de fonctionnement égalitaire dans le couple ne suffit pas, encore faut-il les mettre en pratique ! Hélas, selon cette étude « il faudra attendre encore pour y arriver quelques générations d’hommes et de femmes déterminés à mettre fin au sexisme et à repenser les rapports sociaux de sexe en dehors des rapports de pouvoir » (p. 115).

Marie-Ève Surprenant, Jeunes couples en quête d’égalité, Montréal, Sisyphe, 2010, 115 p.

Nancy Couture, doctorante en sociologie, Université Laval. courriel

Recherches Sociographiques, Mai-Août 2011, Vol. 1–II, # 2

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Mis en ligne le 26 juillet 2011

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