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Essais québécois : Le féminisme en opuscules

par Louis Cornellier

Trois opuscules (sexualisation, prostitution, tribunaux islamiques) viennent rappeler à ceux et celles qui en doutaient que la grille d’analyse féministe conserve sa pertinence et n’a pas dit son dernier mot.

Lancés cette saison par la nouvelle maison d’édition Sisyphe, trois opuscules viennent rappeler à ceux et celles qui en doutaient que la grille d’analyse féministe conserve sa pertinence et n’a pas dit son dernier mot.

Signé Pierrette Bouchard, Natasha Bouchard et Isabelle Boily, trois chercheuses en études féministes, La Sexualisation précoce des filles jette un regard très critique sur ce phénomène qui consiste, pour les industries de la mode, de la publicité et de la musique, à « transformer des fillettes en enfants-femmes ainsi qu’en consommatrices actuelles et futures » et les incite « à se percevoir comme des objets sexuels ».
ous-culture de sexe qui s’élabore à l’intention des préadolescentes par l’entremise des instances culturelles auxquelles participent des revues, des sites Internet et les idoles féminines des groupes musicaux ».

Les messages véhiculés par cette sous-culture se fondent entreautres sur le mythe d’un « girl power » qui, en réduisant « le pouvoir d’une personne à l’image qu’elle projette », enferme des fillettes dans un « non-pouvoir qui implique une quête constante d’approbation des autres ». Quand l’injonction de charmer, plaire et séduire devient la clé féminine des rapports entre les hommes et les femmes, force est de constater que le pouvoir qu’on fait ainsi miroiter aux jeunes filles est pour le moins abrutissant et contraire à l’idéal d’autonomie qu’il prétend valoriser.

Les revues pour jeunes filles analysées par les chercheuses véhiculent d’ailleurs des paradoxes qui révèlent le caractère commercial et sexiste de leur propagande officiellement libératrice. Quand le devoir d’être soi-même devient une mode en soi, quand on vend le « style sportif » sans l’activité physique mais avec un cachet sexuel, quand on fait mousser des produits servant à être « naturelles », n’est-on pas en train « d’inculquer aux filles les anciens stéréotypes selon lesquels la valeur d’une femme dépend de son aptitude à séduire et à se conformer aux rôles sociaux qu’on lui impose et, ainsi, de préparer de futures générations de femmes soumises ? ».

Ce que nous dit ce petit ouvrage sobre et combatif, c’est que la lutte pour l’égalité entre les sexes, qui vaut mieux que le pouvoir, reste à mener à la racine. Ceux et celles que ce dossier intéresse pourront aussi lire l’excellent reportage que lui consacre Monique Durand dans La Gazette des femmes (septembre-octobre 2005) sous le titre « Hypersexualisation des filles : échec du féminisme ? ».

Le scandale de la prostitution

Décriminaliser la prostitution, ainsi que le réclame un organisme comme Stella ici au Québec, serait-il donc un geste féministe ? La reconnaissance du « travail du sexe » librement consenti ne viendrait-elle pas en aide à ces femmes harcelées par les forces de l’ordre alors qu’elles ne font que s’adonner à une activité nécessaire ? Dans Prostitution -Perspectives féministes, l’écrivaine Élaine Audet, sur la base d’une série d’études internationales portant sur cet enjeu, s’oppose radicalement à cette position défaitiste. La prostitution, écrit-elle, n’est pas le plus vieux métier du monde et n’a pas toujours existé. « Les femmes, ajoute-t-elle, ont, longtemps avant, inventé l’agriculture et exercé, entre autres métiers, ceux de guérisseuses et de sages-femmes. » Aussi, contrairement à une idée répandue, il est possible d’imaginer un monde sans prostitution.

Selon Audet, les groupes en faveur de la libéralisation font fausse route en niant « la contrainte, la violence et l’abus qui sont à la base même de la prostitution ». 92 % des femmes prostituées abandonneraient cet état si elles le pouvaient, ce qui illustre la fausseté de la thèse qui présente le « travail du sexe » comme un choix légitime et une forme d’émancipation.

La stratégie de l’industrie du sexe, en notre ère de libéralisme, consiste à taxer de puritanisme réactionnaire les opposants à la prostitution. Audet n’en a cure et affirme que les vraies féministes « considèrent que la prostitution relève de l’oppression sexuelle des femmes et constitue une violation des droits humains nécessitant son abolition et la criminalisation des clients et des proxénètes ». En Suède, par exemple, la pénalisation des clients aurait fait diminuer leur nombre de 80 % alors qu’en Australie, la décriminalisation n’aurait pas réduit la violence envers les prostituées et aurait suscité « une culture prostitutionnelle » banalisant le comportement pourtant inacceptable des clients.

Les organismes en faveur d’une décriminalisation du « travail du sexe » sont, constate Audet, fortement subventionnés par les gouvernements, et cet appui leur aurait permis, dans les débats récents, de parler suffisamment fort pour imposer leur point de vue. Le gouvernement du Canada, par exemple, a même contribué à l’industrie du sexe en aidant au recrutement de femmes à l’étranger pour combler une pénurie de danseuses nues.

Un féminisme bien compris, c’est-à-dire non pas puritain mais progressiste, ne saurait pourtant tolérer une industrie qui attente à la dignité des femmes.

Soulignons enfin que, à la même enseigne et dans le même petit format éminemment agréable, paraît aussi un ouvrage intitulé Des tribunaux islamiques au Canada ?, qui dénonce énergiquement ce projet. Comme l’écrit Fatima Houda-Pepin, députée libérale de La Pinière au Québec : « L’application de la charia au Canada participe de cette même stratégie qui vise à isoler la communauté musulmane afin de la soumettre à une vision archaïque de l’islam, une vision dont les islamistes sont à la fois les idéologues, les propagandistes, les financiers et les opérateurs. » Ce collectif s’oppose d’ailleurs à tous les tribunaux d’arbitrage religieux, de quelque confession qu’ils soient. Il y a, comme on dit, des symboles d’intolérance à l’endroit desquels il faut se montrer intolérant.

La sexualisation précoce des filles, Pierrette Bouchard, Natasha Bouchard et Isabelle Boily

Prostitution - Perspectives féministes, Élaine Audet

Des tribunaux islamiques au Canada ?
Vida Amirmokri, Homa Arjomand, Élaine Audet, Micheline Carrier, Fatima Houda-Pepin

Publiés aux Éditions Sisyphe, Montréal, 2005, respectivement 88, 128 et 102 pages.

Louis Cornellier, Le Devoir, édition du samedi 29 et du dimanche 30 octobre 2005.

  • Pour se renseigner sur ces livres, voir la page d’accueil de ce site.

    Mis en ligne le 1er novembre 2009.

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