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L’œuvre de Louky Bersianik : un secret bien gardé

par Andrée Ferretti

Louky Bersianik construit une véritable œuvre philosophique qui rompt avec les systèmes binaires antérieurs, articulés sur la séparation du corps et de l’esprit.

Extrait :

Née Lucille Durand, à Montréal, en 1930, détentrice d’une maîtrise en lettres françaises de l’Université de Montréal, instruite de toute la culture classique, initiatrice de la féminisation du langage, Louky Bersianik fait jouer celui-ci avec une drôlerie insidieuse pour dévoiler obliquement une vérité trop aveuglante : l’inexistence au sein de la culture patriarcale, des femmes, plus radicalement du féminin, comme source de connaissance et de puissance. Avec le même humour, elle fait émerger un futur où les femmes statufiées s’ébranlent dans un gigantesque mouvement de révolte et font tomber les systèmes symboliques inventées pour les tenir sous contrôle.

Consciente et convaincue de la force inégalable du discours pour contrer un autre discours, Louky Bersianik construit une véritable œuvre philosophique qui rompt avec les systèmes binaires antérieurs, articulés sur la séparation du corps et de l’esprit. Sa conceptualisation de la vie et de la culture élaborée à partir d’une vision critique du système patriarcal édifié sur la captation symbolique du lien maternel au profit de l’homme et du langage sexiste qui le soutient, nécessite une déconstruction du premier par la transgression du deuxième. Travail sur les symboles et les mots accompli à l’aide de concepts liés les uns aux autres par une chaîne signifiante et qui se déploient dans des poèmes, des romans, des essais.

Car il s’agit bien de cela. Toute philosophique qu’elle soit, l’œuvre de Bersianik est essentiellement littéraire, en ce sens qu’elle n’enferme pas la pensée dans un discours systémique, qu’elle la fait au contraire naître dans des espaces imaginaires et des inventions linguistiques ceux, entre autres de L’Euguélionne et du Pique-nique sur l’Acropole. Deux fictions aussi féroces que joyeuses qui dévoilent avec science et humour et une incomparable liberté d’esprit les assises et la logique de la culture patriarcale, spécifiquement mâle, à la source de toutes les formes d’oppression. Dans le même souffle, elles proposent aux hommes et aux femmes une nouvelle représentation d’eux-mêmes reposant sur leur égalité et leur complémentarité. Ainsi délestées des anciennes lois et règles sexistes, leurs relations acquièrent une richesse insoupçonnée de sens inédit et positif.

Pensée vivante énoncée dans des formes vivantes qui à la fois confortent et démentent l’idée maintes fois émise par Michel Serres et ainsi formulée : « Qui n’a pas le don de vie fait de la philosophie. »

Suggestion

Les lecteurs et lectrices pressés ou paresseux ou apeurés par un dangereux contact prolongé avec une pensée féministe philosophiquement plus universelle que celles des philosophies reconnues, passées et actuelles, parce que plus compréhensive de la nécessaire part féminine concrète dans l’édification des cultures humaines, notamment de la culture occidentale, peuvent se donner une idée générale de cette pensée en lisant L’archéologie du futur (Sisyphe 2007), une anthologie préparée par Louky Bersianik elle-même, réunissant dans un livre de petit format et d’à peine 135 pages de larges passages de L’Euguélionne et d’extraits éloquents de : Le pique-nique sur l’Acropole ; Les agénésies du vieux monde ; La main tranchante du symbole, sans oublier de courts fragments de Permafrost.

Nous remercions Nuit Blanche d’avoir autorisé Les éditions Sisyphe à reproduire cet extrait de l’article d’Andrée Ferretti sur l’œuvre de Louky Bersianik, le texte intégral étant réservé aux abonné-es de la revue.

Andrée Ferretti, "L’oeuvre de Louky Bersianik : un secret bien gardé", Nuit Blanche, no 122, avril, mai, juin 2011.

Pour plus d’information sur ce livre

Mis en ligne sur Sisyphe, le 23 septembre 2011

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